23.10.2009

Small Island (Hortense et Queenie) d'Andrea Levy

97820710.gifJ'ai fini le roman en fin de semaine dernière. J'ai passé un très agréable moment de lecture (décidément, j'ai l'impression que depuis un certain temps je ne lis que des choses qui me plaisent ! ). Le titre en version original est, sans surprise, bien plus significatif et proche de l'esprit du roman que ce pâle Hortense et Queenie. Car ici, il s'agit peut-être avant tout pour l'auteur de rendre hommage à cette petite île ("Small Island"), la Jamaïque, minuscule territoire dans un empire britannique en train de rétrécir.
Dans ce récit, nous suivons les destins de personnes qui n'étaient sans doute pas faites pour se rencontrer mais que les évènements auront tôt fait de bouleverser.
Ce livre est un roman polyphonique, où les voix s'entremêlent et se croisent. Tout d'abord, nous faisons la connaissance d'une jeune londonienne du nom de Queenie Bligh dont le mari, Bernard, s'est enrôlé dans l'armée. Elle peine pour survivre et décide donc de sous-louer quelques chambres de sa maison à certaines personnes vues comme peu recommandables en ces temps de guerre et d'intolérance. Parmi eux, une homme de la RAF, un jamaïcain courageux et attachant du nom de Gilbert Joseph. Celui-ci fera ensuite venir sa jeune épouse, du nom d'Hortense, laquelle a toujours rêvé de venir en Angleterre.
Mais en arrivant dans sa mère patrie, Hortense est bien obligée de reconnaître qu'elle ne s'attendait pas à vivre dans une petite pièce salle, mal chauffée et étriquée. C'est le choc des illusions perdues, car le racisme ambiant prend le bas sur ses espoirs de jeune enseignante ambitieuse...
Gilbert et elle sont chaque jours confrontés au racisme ordinaire dans une Angleterre de l'après guerre qui a souffert mais qui n'est tout de même pas prête à se remettre en question.

Le roman est grave, il évoque sans aucune concession les difficultés d'intégration ainsi que l'absurdité de la guerre et des conflits internes et "raciaux". Mais en même temps - et c'est ce qui rend le roman aussi brillant à mes yeux - il est pétri d'humanité. Small Island est un roman indéniablement chaleureux, dans lequel on s'attache sans aucune difficulté aux héros (car ils le sont tous, indubitablement, dans leur force aussi bien que dans leurs faiblesses). Le récit est drôle et émouvant tout à la fois. Les personnages vivent de douloureuses expériences mais l'auteur parvient à insuffler dans son histoire de brefs moments d'espoir, de douceur et d'humanité.
Bref, pour moi, c'est une vraie réussite ! Je mettrai peut-être un tout petit bémol : j'ai été peut-être un chouia moins séduite par la partie relatée par Bernard, laquelle m'a semblée légèrement décousue du reste ... Mais c'est vraiment pour chipoter ^^

Je suis très impatiente de découvrir l'adaptation BBC maintenant !!!
Ruth Wilson ne ressemble pas vraiment à l'image physique que je me fais du personnage de Queenie mais je suis tout de même ravie qu'elle ait été choisie pour ce rôle. Je suis sûre qu'elle sera très bien ! L'adaptation devrait être diffusée d'ici la fin de l'année et sera d'une durée de 2 épisodes de 90 minutes ...

04.10.2009

Snobs de Julian Fellowes

41%2B-N5AtdZL._SL500_AA240_.jpgSnobs est le premier roman de Julian Fellowes qui a reçu en 2002 l'Oscar du meilleur scénario pour le film Gosford Park. Le narrateur est un comédien de second plan qui navigue avec beaucoup d'aisance dans les classes privilégiées tout en dénonçant leurs travers. Il va suivre les aventures de son amie, Edith Lavery, la jolie fille d'un expert comptable ayant relativement bien réussi, et de sa femme, éblouie par la haute société. Lors d'une visite au château Broughton Hall, Edith, standardiste dans une agence immobilière de Chelsea, fait connaissance du fils de la maison, Charles, comte Broughton et héritier du marquis de Uckfield. Célibataire, Charles gère les propriétés de sa famille dans le Sussex et le Norfolk. D'après les chroniqueurs mondains, c'est un des célibataires les plus enviables, et enviés, de l'aristocratie anglaise. Quand il la demande en mariage, Edith accepte, mais est-elle vraiment amoureuse de lui ? N'est ce pas plutôt de son titre, de son rang et de tout ce qui va avec ?

Ce roman s'apparente à la satire sociale. Il est drôle, caustique et même touchant par moments.
Le narrateur, qui est donc un acteur de second plan et accessoirement, un homme tout à fait banal quoique très observateur et lucide, dénonce ici les travers de l'aristocratie anglaise qu'il fréquente de manière plus moins assidue. Mais c'est peut-être avant tout l'arrivisme qu'il épingle plus férocement encore. Son héroïne, Edith est ridiculisée et discréditée sous la plume ironique et doucereuse de l'auteur. Julian Fellowes montre une fois de plus qu'il est passé maître dans l'art de mettre en scène les comédies de moeurs et de brosser des portraits d'une grande finesse psychologique. On se surprend à plaindre Charles, l'héritier d'une des plus riches familles britanniques, ennuyeux à mourir mais dont le coeur a été cruellement brisé. La galerie de personnages (des gentlemen-farmers en tweed, aux demoiselles éprises de reconnaissance sociale, en passant par les acteurs les plus vaniteux du show biz) est sans doute ce que je retiendrais le plus de cette chronique délicieusement british. Le style quant à lui, est purement irréprochable. Très alerte, Julian Fellowes se présente comme un excellent conteur !
On pense à Nancy Mitford, à Evelyn Waugh et on en redemande !
Ce n'est peut-être pas le meilleur roman "social" que j'ai lu, encore moins le plus original mais il se lit avec un grand plaisir.

L'auteur et comédien Stephen Fry est enthousiaste lui aussi :
« Dévorer ce roman, qui reflète toutes les nuances aussi exaspérantes que terriblement séduisantes de la société anglaise, est un régal délicieusement coupable. Un pur enchantement. »

07.09.2009

Ne le dites pas aux grands d'Alison Lurie

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Je viens de terminer un essai d'Alison Lurie : Ne le dites pas aux grands. Il est entièrement consacré à la littérature jeunesse anglo-saxonne (aussi bien anglaise qu'américaine) et autant le dire tout de suite : il est brillant ! Je le conseille à tous ceux et celles qui comme moi affectionnent tout particulièrement la littérature jeunesse, et s'intéressent à ses inspirations, son Histoire, son évolution, son cadre socio-culturel etc.
Elle y aborde de nombreux aspects de la littérature pour enfants : le conte , le folklore, le merveilleux, le récit d'horreur et une foule d'autres encore. Les auteurs mis en vedette sont E. Nesbit, JM Barrie, FH Hodgson, Beatrix Potter, JR Tolkien etc.
J'ai tout particulièrement apprécié la partie qui traite de l'influence des contes sur le roman contemporain. Selon Alison Lurie, des auteurs de grand renom comme FS Fitzgerald, Jane Austen, Charlotte Brontë ou encore George Elliot ont puisé leur inspiration chez les contes populaires.
Alison Lurie défend aussi une thèse pour le moins passionnante : selon elle, la littérature jeunesse digne d'intérêt et qui a su marquer des générations et des générations d'enfants est subversive et se démarque volontiers des codes moraux et sociaux de son époque.

Ne le dites pas aux grands est un essai très bien écrit et construit et fort instructif. Il nous donne une vision d'ensemble de la littérature jeunesse anglo-saxonne aussi riche que palpitante.
Comme il date de 1989, il ne traite pas de l'essor que ce type de littérature a connu ces dernières années. C'est bien dommage mais c'est un reproche que je ne pourrai m'autoriser à faire à l'auteur ^^

 

06.09.2009

Le Maire de Casterbridge de Thomas Hardy

mc.jpgEn ce moment, je lis plus que de coutume. Il faut dire aussi que je passe nettement plus de temps dans les transports. Et comme j'aime rentabiliser mon temps au maximum, je dévore à vitesse grand V en ce moment tout ce qui me passe sous la main : romans, recueil de nouvelles, essais et même bandes dessinées ! Il va donc sans dire que j'ai de quoi alimenter mon blog pour les semaines (voire même les mois) à venir !

L'inconvénient quand on lit beaucoup, c'est que la qualité n'est pas toujours au rendez-vous. Jusqu'ici, j'ai plutôt été chanceuse, j'ai eu quelques coups de coeur dont le plus marquant sera sans doute, en cette rentrée, Le Maire de Casterbridge, l'éblouissant roman de Thomas Hardy.

Publié en 1886, Le Maire de Casterbridge s ouvre sur une des scènes les plus dures de l oeuvre de Thomas Hardy : au cours d une beuverie, un jeune ouvrier agricole décide de vendre femme et enfant aux enchères à ses compagnons de hasard. Vingt ans plus tard, le même personnage est devenu l un des notables de Casterbridge, nom romanesque de Dorchester, où s enracine la vie de Thomas Hardy. La rencontre d un jeune homme va précipiter le destin de celui que l auteur, sans jamais le juger, décrit comme impulsif, colérique, dominateur, mais aussi capable de droiture et de fidélité, victime d impulsions irraisonnées qui amèneront sa complète déchéance.

J'ai terminé ce roman hier dans les transports, presque la larme à l'oeil. J'ai lu pas mal de livres qui m'ont enthousiasmée ces derniers mois, mais certainement pas au point de m'enchanter comme celui-ci. 
J'ai essayé de le lire lentement pour en savourer la moindre page mais c'est plus facile à dire qu'à faire ! L'histoire est dramatique, certes, mais jamais opressante. Je crois que le style de Thomas Hardy y est pour beaucoup. Il est tellement fluide et magnifique...
L'auteur parvient à décrire les moindres recoins de la conscience de ses personnages avec un talent assez incomparable. Le maire de Casterbridge, Michael Henchard est un personnage inoubliable. Il est d'une incroyable complexité. C'est un impulsif qui agit sur l'instinct mais dont les accès de haine farouche ne dépassent jamais les élans du coeur. Il m'a beaucoup émue. Malgré tout le mal qu'il a commis, on ne peut que ressentir de la pitié pour lui. Son caractère parfois excécrable cache en fait un besoin d'aimer et de se faire aimer presque dévastateur. Ce personnage est le coeur du roman, celui par qui tout arrive.
Très romanesque, Le Maire de Casterbridge emporte et émeut son lecteur avec une facilité déconcertante. L'intrigue est formidablement bien maîtrisée et la description des sentiments, troubles, peurs, rancoeurs des personnages merveilleuse. Le roman est d'un lyrisme sobre, comme toujours chez Hardy.
J'ai adoré ce roman, autant que Tess of the D'Urbervilles, c'est dire ! 

J'ai commencé à regarder l'adaptation (avec Ciaran Hinds, James Purefoy, Polly Walker et Jodhi May. Je n'en ai pas vu assez pour donner mon avis mais je sais déjà que je suis totalement séduite par la musique. Et elle me semble très fidèle pour l'instant !

27.08.2009

Le Proscrit de Sadie Jones

Ce roman a fait beaucoup parler de lui outre-Manche. Et pour cause, il a reçu le Prix Costa, l'équivalent anglais de notre Prix Renaudot et a été nominé au Orange Prize.


Dans une petite ville du Surrey, au sud de Londres, pendant les années 50, tout le monde va à l'église, joue au tennis et fête Noël dans l'insouciance et l'alcool ; les jobs s'obtiennent au cours de conversations de quelques minutes au coin du feu, et les jardiniers sont aux petits soins pour les massifs de fleurs des riches demeures victoriennes. Mais cette façade hypocrite et fragile se fissure à partir du jour où le petit Lewis Aldridge, âgé d'une dizaine d'années, assiste, impuissant et terrifié, à la noyade de sa maman adorée, libre d'esprit et anticonformiste. Privé du réconfort d'un père à peine revenu de la guerre, homme froid, autoritaire et accablé par le veuvage, Lewis se rétracte dans la douleur et sombre peu à peu dans le doute, la solitude, l'automutilation, puis la délinquance... En 1957, quand il sort de prison où il vient de passer deux ans pour avoir incendié l'église de Waterford, il n'a que dix-neuf ans... Son retour chez son père, remarié et peu pressé de revoir son fils, fera non seulement exploser sa famille, mais une communauté tout entière...


J'ai lu ce roman en deux jours à peine. J'ai été happée par l'intrigue en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. J'ai lu quelque part que l'auteur, Sadie Jones, avait écrit The Outcast d'abord comme un scénario, cela ne me surprend pas. Elle sait très bien dresser un décor, mettre en forme les différentes étapes de l'intrigue, donner vie à des personnages plus vrais que nature et surtout, créer une ambiance. Son roman se prête donc extrêmement bien à une adaptation.
The Outcast est un roman très sombre. C'est l'histoire d'un petit garçon puis d'un jeune homme qui s'auto-détruit, s'abandonne à ses pires instincts et se coupe des autres. Il ressent le besoin de s'entraîner dans les ténèbres.
Le roman nous décrit son abandon et son désir de transgression. Le lecteur assiste, impuissant, à la plongée en enfer d'un jeune garçon traumatisé par la perte brutale et tragique de sa mère.
Lewis est un personnage explosif, qui bouleverse les moeurs de la petite société étriquée qui ne le comprend pas et le rejette. Il grandit dans l'indifférence générale, auprès d'un père trop froid pour exprimer ses sentiments et une belle-mère jeune, idéaliste et complètement dépassée par la situation. Sa mère, Elizabeth, passionnée et rebelle, lui manque terriblement mais il n'a presque aucun souvenir d'elle.
Et puis, il y a la famille Carmichael qui habité à côté et dont le père, autoritaire et ultra-conformiste, lui mène la vie dure. Mais heureusement, il y aussi l'émouvante Kit, la fille cadette (peut-être mon personnage préféré du roman) à qui les blessures émotionnelles de Lewis ne semblent pas si incongrues ...
Chacun se doit de fuir ce jeune homme mutique et étrange. Derrière les façades lisses, le chic des réceptions et dîners, les bonnes manières bourgeoises, se cachent de lourds secrets de famille et une colère qui gronde et ne demande qu'à se révéler.

The Outcast est un roman bouleversant de noirceur mais que je n'ai jamais trouvé oppressant. On sent bien sûr le drame, le poids du remords, du veuvage et du deuil mais on sent aussi le besoin de rédemption malgré les plaies difficiles à cicatriser. C'est un livre fort psychologiquement.

J'ai lu de ci delà qu'on avait comparé ce roman à Expiation d'Ian McEwan et je ne comprends pas bien pourquoi ! Il s'agit certes là aussi de drame familial et de démons intérieurs mais le roman de McEwan m'a semblée plus vertigineux...
The Outcast se place plus à mon sens dans la veine du roman réaliste. Il y a du romanesque certes mais le récit reste sensible et juste. J'ai beaucoup aimé.

Ce livre n'a pas fini de faire parler de lui puisqu'il sera bientôt adapté au cinéma. Le réalisateur de Shakespeare in love, John Madden, vient d'en acquérir les droits ! J'attends avec impatience de connaître le casting ! Very Happy

30.05.2009

Nightingale Wood de Stella Gibbons

J'ai terminé cette semaine un roman de Stella Gibbons, intitulé Nightingale Wood. Il a été tout récemment réédité par Virago.

Voici la couverture :



et le synopsis :

Life is not quite a fairytale for poor Viola. Left penniless, the young widow is forced to live with her late husband's family in a joyless old house. There's Mr Wither, a tyrannical old miser, Mrs Wither, who thinks Viola is just a common shop girl, and two unlovely sisters-in-law, one of whom is in love with the chauffeur. Only the prospect of the charity ball can raise Viola's spirits - especially as Victor Spring, the local prince charming, will be there. But Victor's intentions towards our Cinderella are, in short, not quite honourable ...

Je crois que le premier adjectif qui me vient à l'esprit en pensant à ce livre est "quirky". Nightingale Wood est drôle, ironique, léger, pétillant, et romantique. Je trouve que l'auteur a su trouver un bon compromis entre le romanesque et la satire. Là où Cold Comfort Farm, son oeuvre la plus connue à ce jour, jouait sur la parodie (voire même le burlesque), Nightingale Wood, lui, se présente comme une relecture d'un conte.

Un petit extrait :

"The intentions of the Prince towards Cinderella were, in short, not honourable; and as we have seen he thought it the prudent thing not to see her. He did not wonder how she felt about him. He assumed that a widow like that would have plenty of men and plenty to do with them. He knew nothing about the dullness of life at the Eagles."

Le roman est très drôle. Je regrette d'ailleurs de ne pas avoir noté quelques uns de mes passages ou dialogues préférés. Certains sont particulièrement croustillants.
Stella Gibbons épingle avec un grand talent d'ironiste les travers de l'aristocratie anglaise (Mr Wither, le beau-père de Viola, avare comme pas deux, en prend plein son grade et il n'est pas le seul! Razz). L'auteur se moque aussi gentiement des inclinations romanesques de Viola, qui rêve de convoler avec le séduisant Victor Spring et passe son temps à lire des romans d'amour.
Il y a aussi ses deux belles-soeurs, deux vieilles filles, Tina et Madge, l'une plus attachante que l'autre. Tina est secrètement amoureuse du chauffeur et Madge préfère la compagnie des chiens à celle de sa famille ^^
On fait aussi la connaissance de Hetty, la cousine du riche aristocrate Victor Spring (dont j'ai fait mention plus haut), qui rêve de quitter son existence dorée, isolée et superficielle pour faire des études et lire tout son soûl !
Au détour des pages, on rencontrera également l'ambitieux Saxon, le charmant chauffeur en question, Phyllis, l'égocentrique fiancée de Victor Spring ou encore l'hermite du village (complètement siphonné).
En bref, le roman nous présente des personnages tout aussi délectables les uns que les autres. On s'attache aux uns, on méprise ou on se moque des autres. Stella Gibbons montre qu'elle sait dresser un portrait vivant et nuancé avec une facilité déconcertante ! 

Le récit ne compte pas de temps mort. Il faut dire que l'intrigue avance à une vitesse folle et prend de nombreuses directions. Flirts, mariages, fiançailles, enterrements, il y a de tout dans ce roman !
Nightingale Wood a été publié dans les années 30. Il a quelque chose de traditionnel et de délicieusement désuet mais il est aussi très moderne. C'est, je crois, ce que je retiendrais le plus de ce roman. Il nous réserve des surprises et n'est jamais convenu ! 

Ce livre un délice du début à la fin, il est très agréable à lire.  Il se dévore plus qu'il ne se lit d'ailleurs. Le style de l'auteur est fluide, imagé, incisif (sans être aussi caustique que celui dont elle usait dans Cold Comfort Farm - les deux oeuvres étant relativement différentes Wink ).

Vous l'avez compris, ce roman sera incontestablement l'un de mes coups de coeur de l'année.

Par contre, il a un défaut majeur : il n'est pas disponible en français No

25.05.2009

The Observations (La servante insoumise) de Jane Harris

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Ecosse, 1863. Fuyant une mère indigne et un passé sordide, Bessy Buckley trouve une place de servante dans un manoir isolé auprès de lady Arabella Reid, jeune femme hypersensible. Les deux femmes esseulées nouent une relation d'amitié aussi tendre que complexe. Dans un style alerte et argotique, Bessy fait le récit de son lourd passé et de ses rapports avec sa maîtresse. Premier roman.

J'ai fini le roman il y a deux semaines et je crois pouvoir dire que ça a été un très gros coup de coeur . Je suis surprise qu'il n'ait pas plus fait parler de lui, sur la blogosphère ou ailleurs ...  J'ai trouvé la trame riche et surtout, très audacieuse. L'histoire se passe en Ecosse au 19ème siècle, on était en droit de s'attendre à du réchauffé, c'est à dire à un énième récit sans grande originalité rendant hommage à une tradition très populaire de la littérature britannique.
Jane Harris s'est dans doute inspiré de Dickens et des soeurs Brontë mais elle a sû donner vie à un univers bien particulier.
Je trouve qu'elle a très bien fait de donner la parole à une servante. Bessie vit en marge de la société, et traîne un très lourd passé derrière elle.  De nombreux héroines de la littérature britannique (du 19ème siècle) viennent d'un milieu peu élevé. Je pense notamment à Jane Eyre. Mais contrairement à celle-ci, Bessy n'a reçu aucune éducation à proprement parler. Et surtout, malgré son jeune âge (16 ans il me semble ), elle a vécu des expériences assez abominables  .
Certaines scènes du roman sont particulièrement dérangeantes. Bessy ne nous cache rien de la noirceur de la vie qu'elle a menée avec sa mère. Mais ce qui est étonnant, et tout à fait réussi selon moi, c'est le fait qu'on ne tombe JAMAIS dans le mélodrame. Bessy est une héroïne incroyablement courageuse et dôtée d'un très fort caractère. Elle ne s'apitoie jamais sur son sort. Les scènes de son passé s'avèrent donc finalement plus touchantes parce qu'elles sont dénuées de tout mélodrame exacerbé. Son histoire est déjà poignante et déchirante, il n'est donc aucunement besoin de sortir les violons ...
La structure du roman est également très intéressante. Ainsi que le ton.  Tout au long du récit, on ne sait pas vraiment à quoi nous avons à faire. On hésite entre le roman gothique, à suspens, de moeurs etc. Tout comme ses 2 héroïnes, Bessy et Arabella, l'auteur Jane Harris est passée maître dans l'art de la manipulation. On ne sait plus à quel saint se vouer en la lisant, elle nous mène en bateau constamment.
Sinon, que dire du style ? Je l'ai trouvé très rafraîchissant. Encore une fois, on s'éloigne des classiques du genre. La parole est donnée à une servante qui, même si elle sait lire et noircir des pages, a tendance à écrire comme elle parle. Mais je n'ai pas trouvé cela dérangeant. Au contraire même, son histoire gagne étonamment en fluidité. Les familiarités de Bessy donnent de la couleur au récit. Je n'ai pu compter le nombre de fois où la jeune fille m'a rire ou sourire. Quelle verve, c'est impressionnant ! 
A conseiller aux amoureux de la littérature anglaise du 19ème siècle, mais pas seulement !

 

26.04.2009

Le Moine de Matthew-Gregory Lewis

m.jpgJ'ai terminé en début de semaine l'un des romans précurseurs du mouvement gothique : Le Moine de M-G Lewis. Et je suis maintenant parfaitement en mesure de comprendre pour quelles raisons il n'était pas souhaitable de le mettre entre les mains des jeunes filles du 19ème siècle. Il est à des années lumières du roman d'Ann Radcliffe, Les Mystères du Château d'Udolphe (un autre classique du genre) !. J'avais tout bonnement adoré l'adaptation de Northanger Abbey ITV 2007 mais il est vrai que le choix d'Andrew Davies (le scénariste pour celles et ceux qui l'ignorent encore) de faire lire à Catherine Morland un passage de ce roman a de quoi faire hausser quelques sourcils ... Il voulait choquer, il y a parfaitement réussi !

Le Moine, paru en 1796, est une oeuvre de jeunesse de l'auteur anglais Matthew-Gregory Lewis. Il a une influence considérable sur la littérature gothique (mais pas seulement) et a inspiré de nombreux imitateurs. Le roman se lit sans déplaisir. Le style de Lewis est très fluide. Ses descriptions sont imagées. Le lecteur parvient sans mal à se plonger dans l'univers sombre, ténébreux et résolumment inquiétant du récit. Je pense notamment aux passages où il est fait référence à l'apparition du démon ou encore aux incantations magiques. Le récit est aussi très bien construit. MG Lewis se présente avant tout comme un formidable conteur, il est très à l'aise lorsqu'il s'agit de planter un décor, de faire avancer l'intrigue et de ménager le suspens.

Même si le récit compte bon nombre de protagonistes, qui joueront tour à tour un rôle important au sein d'une oeuvre qui rappelle le roman à tiroirs, le héros reste indéniablement Ambrosio. C'est un moine tiraillé entre son idéal spirituel et son désir charnel. Enfin, tiraillé, il ne le sera finalement pas très longtemps. A peine est-il soumis à la tentation qu'il éprouve un besoin féroce de se livrer aux plaisirs de la chair. Ses forces n'auront pas longtemps été éprouvées. Ambrosio est une figure aussi fascinante que monstrueuse. Il est à l'image parfaite  du roman.

Le Moine nous conte une histoire sinistre et terrifiante. Teinté d'un érotisme macabre (dans la mesure où la sexualité y est presque toujours perverse et jamais apparentée à l'amour) et nous présentant l'un des pires visages de l'humanité, le roman ne fait pas dans la dentelle. Et c'est justement ce qu'on pourrait lui reprocher. La vision des personnages est manichéenne. En ce sens, il est assez conventionnel. Le roman est partagé entre grandeur et décadence. Il ne fait pas dans la nuance. Tout y est excessif et exalté. Je ne pense pas le relire même si j'ai apprécié ma lecture.

MG Lewis a parfaitement su confronter son lecteur au Surnaturel, de manière brusque et foudroyante. En ce sens, Le Moine est indéniablement une oeuvre marquante de son époque.

Note : le roman est disponible en poche chez Folio et Babel :)

25.04.2009

Petit coup de pub

Bonne nouvelle : le roman Poussière (épuisé depuis déjà quelques temps) est réédité par Phébus Libretto. Il sera disponible en juin. cheers  Ce n'est pas trop tôt !

J'avais parlé de cet ouvrage dans un bilet spécial, ici. C'est un de mes romans préférés et je ne l'ai pas encore ! Je vais à coup sûr me précipiter dessus !

08.03.2009

L'amour comme par hasard d'Eva Rice

51WecCppTaL._SL500_AA240_.jpgJe n'ai pas mis à jour mon blog très régulièrement ces derniers jours, j'avais la tête ailleurs et j'ai été pas mal occupée. Moi qui m'étais promis d'être assidue, je dois bien reconnaître que poster un billet par jour (ou même tous les deux jours) s'avère être une tâche bien difficile !

Cette semaine, j'ai commencé et terminé un roman de l'anglaise Eva Rice, dont Lou avait déjà parlé sur son blog. Comme elle, je suis très enthousiaste ! Je m'attendais à un énième roman chick-lit sans grande originalité. Et pour cause, une journaliste du magazine Elle a "osé" affirmer qu'il s'agissait d'un récit à mi-chemin entre Jane Austen et de Sex and the City  ... Comparaison plus que maladroite si vous voulez mon avis ! Alors oui, L'Amour comme par hasard (enfin, je devrais plutôt dire The Lost Art of Keeping secrets, titre VO bien plus significatif et surtout moins générique) est frais, léger, tourbillonnant mais il n'est pas superficiel. Il est bien écrit et même si le récit en lui-même est un peu attendu, on s'en moque tant la plume d'Eva Rice nous entraîne et nous émeut.

Le roman se passe en 1954, dans une Angleterre encore attachée à ses traditions mais qui s'ouvre peu à peu au rock'n roll et surtout à une influence américaine de plus en plus irrésistible. Nous faisons la connaissance de la jeune Penelope, et avec elle, de sa future nouvelle meilleure amie, Charlotte. Bien que différentes de caractère et d'apparence, elles se lieront très vite d'amitié. Toutes les deux sont fans du chanteur Johnny Ray (qui ne passera pas à la postérité, contrairement à un certain Elvis Presley) et ont une sensibilité plutôt similaire. Romantiques, attachantes et intelligentes, ces deux héroïnes nous apparaissent très vite fort sympathiques. La passionnée Charlotte et la douce Penelope nous rappellent un peu certaines héroïnes de la romancière Nancy Mitford, à laquelle Eva Rice rend un petit hommage dans ne courte scène. Ce roman nous renvoie à nombre de précèdents romans anglais, à travers la caractérisation de ses personnages (certains séduisants, d'autres plutôt ridicules) ou encore une peinture pleine de drôlerie de l'aristocratie de l'époque. Il met aussi en scène une sorte de marivaudage fort amusant. Penelope se voit, à la suite de sa rencontre avec Charlotte, ouvert les portes d'une société qu'elle n'avait jusqu'ici pas fréquentée. Elle rencontre Harry, un jeune homme de 25 ans, le cousin de son amie, magicien à ses heures et follement épris d'une jeune et belle américaine. Harry tente de convaincre Penelope de jouer sa petite amie afin de rendre sa bien-aimée jalouse et ainsi, lui faire rompre ses fiançailles. Penelope, pris dans ce nouveau et enthousiasmant tourbillon sentimental, accepte mais ne se doute pas une seconde de ce qui risque de lui arriver ...

L'Amour comme par hasard nous présente une galerie de personnages aussi marquants les uns que les autres : de la mère de Penelope, terriblement belle et tout aussi mélancolique à son frère Inigo en passant par la tante de Charlotte, Clare, femme chaleureuse mais secrète et Rocky Dakota, le séduisant imprésario hollywoodien. Aucun d'entre eux n'est grotesque et c'est je crois, ce qui m'a le plus charmée dans ce roman. Il nous offre également un panel intéressant de scènes de genres très différents : elles sont à la fois amusantes, romantiques, émouvantes, fantaisistes. Certains passages sont de brillants et émouvants témoignages d'une époque perdue.

Un récit délicieux et rythmé qui se déguste et se savoure avec plaisir et qui prouve que légèreté peut très bien être conjuguée avec délicatesse et sensibilité. Il est aussi un charmant clin d'oeil à toute une tradition du roman anglais.

NB : Ce roman vient de sortir en poche :)

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