
Autant le dire tout de suite, ce roman a désormais une place dans le panthéon de mes livres préférés !
Vous est-il déjà arrivé, à la lecture d'un roman, de vous sentir submergé par un flot d'émotions alors même que vous n'en avez lu qu'un quart ? Vous savez d'ores et déjà que vous êtes en train de vivre un grand moment littéraire, que ce livre vous touche et vous correspond comme s'il avait été, en quelque sorte, un peu écrit pour vous... Parce que c'est exactement ce que j'ai ressenti ! J'ai eu ce qu'on pourrait appeler un vrai coup de coeur !
Station Victoria est l'oeuvre de la romancière et essayiste suisse Anne Cuneo. Je ne la connaissais que de nom mais ce roman m'a tout de suite interpellée, par sa couverture tout d'abord (une formidable photographie de la célèbre Henriette Grindat, reine de l'argentique) mais aussi par son titre : Station Victoria, qui sonnait bien entendu très anglais.
Cette histoire se passe donc dans les années 50 et marque l'arrivée d'Amalia, une adolescente seule et désespérée en quête d'affection et de liberté, dans la capitale anglaise. Amalia est italienne et parle le français, elle a fui la prison-orphelinat de Lausanne, étouffante à tous points de vue. Mue par une audace enfantine mais néanmoins forte, elle se retrouve dans la célèbre gare de Londres avec pour objectif de réaliser un de ses rêves les plus fous : celui de devenir danseuse et de se marier avec Gene Kelly ! Le hic c'est que Gene Kelly est en Amérique, c'est à dire en terre lointaine pour la jeune fille...
Très rapidement, une amitié très forte les lie. Avec Miss Bee, Amalia s'ouvre à la culture, elle se met à lire comme jamais (les références aux auteurs anglais que nous aimons tous sont nombreuses dans ce roman mais il est aussi question d'auteurs français et américains), à s'intéresser à la peinture, à visiter Londres et ses musées, à aller au cinéma ...
Ce roman nous transporte dans un univers très britannique, bientôt Amalia s'intéresse aux chevaux et aux courses (comme elle, nous ne pouvons qu'admirer les formidables talents d'écuyère de Miss Bee, qui malgré son grand âge, a toujours une allure altière en toutes circonstances), participe assidûment à des concours de fléchettes dans des pubs et fréquente des clubs de jazz.
Ce livre est un excellent roman d'apprentissage dans la mesure où Amalia, par le biais de ce qui se révèle être un journal, nous confie ses peurs, ses troubles, ses espoirs, ses coups de coeur et de griffe, ses aspirations, ses passions.
Amalia doit se débarasser d'un passé douloureux, mettre de côté les blessures morales infligées par une mère incapable de l'aimer.
En plus de nous présenter une véritable quête d'identité, Station Victoria est un roman extraordinairement bien documenté. Anne Cuneo nous parle de l'Angleterre et de ses trésors culturels de manière absolument réjouissante. Elle ne peut que nous passionner.
Station Victoria est un livre formidable dans la mesure où son auteur a su parfaitement restituer l'Angleterre des années 50.
Et en créant une galerie de personnages aussi réalistes qu'hauts en couleurs, de personnalités attachantes, riches et profondes, qu'on peine à quitter une fois le livre terminé, elle nous prouve également qu'elle est une portraitiste hors-pair.
Miss Bee confie à sa nouvelle protégée ce qu'était sa vie, elle qui a connu pas moins de 4 monarques ! C'est une femme complexe qui peut aussi s'avérer secrète. Ce n'est que par bribes qu'elle racontera son existence et le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle est passionnante.
Très tôt, elle a dû s'affranchir d'une famille aristocrate, fière et autoritaire pour s'affirmer, à une époque qui semble bien lointaine à Amalia (dont l'existence semble tout de même faire écho à celle de Victoria Brown ...).
On découvre par fragments son passé de suffragette, de femme émancipée, ainsi que sa vie amoureuse.
Miss Bee et Amalia deviennent donc très complices. Miss Bee lui faire lire Jane Austen, lui fait découvrir le jazz, partage avec elle des séances de cinéma ou des conversations à bâtons rompus sur la musique, le cinéma, les livres, la politique ou encore la famille. Et elle s'avèrera également une excellente conseillère en matière de sexe.
Anne Cuneo a construit son récit de main de maître, on n'y trouve jamais ni de lourdeurs ni de longueurs. Son style est vif, imagé. On sent que derrière ses dialogues tout aussi brillants les uns que les autres, se cache la femme de théâtre.
And last but not least, Station Victoria est un roman qu'on pourrait qualifier de particulièrement prenant. Il est romanesque dans la mesure où la vie d'Amalia est pleine de péripéties et de surprises, tout en restant largement dans la limite du réalisme. C'est un roman, drôle, allègre, résolumment optimiste mais aussi grave par moments.
Station Victoria, c'est avant tout l'histoire d'une rencontre exceptionnelle. Un récit qui ne manque jamais de rythme et dans lequel on plonge avec délice.
De plus, sous l'apparence d'un récit fictif, Anne Cuneo montre qu'elle n'a finalement de cesse de dénoncer les préjugés aussi bien que les injustices sociales. Elle revendique assez clairement sa lutte pour l'émancipation des femmes dans une société machiste. Ses deux héroïnes, Amalia, une adolescente et Miss Bee, une vieille dame, sont des femmes de tête. Une affection profonde les unit parce qu'elles sont un peu de la même trempe, elles ont toutes deux à coeur l'émancipation intellectuelle et morale. En ceci, Station Victoria se présente comme un roman féministe.
Ce livre porte le joli titre de Station Victoria car c'est un roman dans un roman, un récit écrit par Amalia et dédié à la femme qui a été dans sa vie son plus grand port d'attache.
Je ne sais que vous dire de plus si ce n'est que j'espère vraiment vous avoir donné envie de découvrir cet admirable roman ! :)



























