20.02.2009

La grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt

lagmdj.jpgComme je vous l'ai dit dans un de mes précédent billets, j'ai la ferme intention de lire un peu plus de littérature française contemporaine cette année. Mais c'est comme pour tout, il faut savoir choisir parmi tout ce qui est proposé. Je m'aventure beaucoup plus facilement et aveuglément dans la littérature anglaise du XIXème siècle (pour ne citer qu'un exemple) parce que je sais qu'elle est plus susceptible de me plaire. En matière de littérature française du XXème et du XXIème siècle, je fais parfois quelques choix hasardeux. Mais en me fiant à mon instinct, j'ai découvert quelques auteurs que je compte désormais parmi mes préférés et que je relis avec un immense plaisir, tels que Nancy Huston, Sylvie Germain, Catherine Cusset, Alice Ferney, Annie Ernaux, Anne Wiazemsky, Isabelle Jarry et quelques autres encore. Je pense que je peux d'ores et déjà ajouter Frédérique Deghelt à cette petite liste (qui n'est composé que d'auteurs féminins, je viens juste de m'en rendre compte !)

J'ai lu La Grand-mère de Jade en 2 après-midi et je l'ai refermé avec émotion. Je crois que je n'ai jamais lu de roman qui nous livre une peinture aussi réaliste et touchante de la relation entre une grand-mère et sa petite fille.

Mamoune, surnom on ne peut plus affectueux que le lecteur adopte lui aussi sans mal, a fait un malaise. Son entourage, à savoir ses filles, lui font comprendrent qu'elle est arrivée à un âge où elle ne peut plus vivre seule, qu'il lui faut maintenant quitter sa maison pour se retirer dans une résidence médicalisée. C'est donc le moment de la rupture pour cette femme qui, elle aussi, est bien obligée d'admettre qu'elle a besoin de soins et d'attention. Elle doit dire adieu à son indépendance et son autonomie. Mais Jade s'y refuse. Elle ne veut pas voir sa Mamoune, qui lui a toujours prodigué une immense affection, vivre parmi des étrangers dans ce qu'elle considère comme étant un "mouroir". Elle a peur qu'elle y dépérisse peu à peu. Elle lui propose donc de venir vivre avec elle dans son appartement parisien.

Bien entendu, Jade, une jeune femme de 30 ans, vive, intelligente, et très indépendante a bien conscience que ce n'est pas une décision qui doit être prise à la légère. Cohabiter avec une octogénaire risque de chambouler ses habitudes ! Mais Jade décide d'agir par amour et de l'amour, sa grand-mère en mérite et en a bien besoin !

A travers ces presque 400 pages, le roman nous fait vivre des retrouvailles émouvantes, pleines de douceur et de pudeur. Frédérique Deghelt nous offre ici un portrait saisissant et nuancé de deux femmes que nombre de décennies séparent mais qui se trouveront des points communs jusqu'ici insoupçonnés. Le roman est un poignant hommage à la lecture et au pouvoir des livres et des mots. Jade et Jeanne, de son prénom, sont deux femmes de lettres, incontestablement. Jade est une journaliste que son métier ne semble pas toujours satisfaire. Elle souhaite devenir romancière mais son manuscrit a été refusé par toutes les maisons d'éditions qu'elle a démarchées. Un jour, sa grand-mère lui propose son aide. Jade est interloquée. Elle n'a jamais vu sa grand-mère un livre à la main et ignorait totalement qu'elle puisse s'intéresser un tant soit peu à la littérature. Sous les yeux de Jade mais aussi du lecteur,  tout aussi médusé, Jeanne prend le pas sur "Mamoune" et nous livre, par bribes, des pans de son passé. Elle révèle que la lecture et elle, c'est une histoire d'amour depuis des années, qu'elle a côtoyé les plus grands auteurs avec assiduité et une soif de découverte toujours plus ardente. Et ce, au nez de tout le monde, à commencer par son mari et ses enfants. Pourquoi ? Je ne vous en dis pas plus !

La grand-mère de Jade est un merveilleux roman, et, ce pour plusieurs raisons. Le style de Frédérique Deghelt est élégant, mélodieux et se lit avec autant de plaisir que de facilité. Le récit, plein de tendresse, a l'excellent mérite d'aborder le thème de la vieillesse avec pudeur et sincérité. Et enfin, il nous donne à réfléchir sur le pouvoir des mots et de la fiction. L'épilogue m'a complètement désarmée !

En bref, un roman à lire absolument !

Clarabel et Cuné ont été tout aussi conquises ! :)

23.01.2009

Au Bon Beurre de Jean Dutourd

abb.JPGLa débâcle de 1940, l'occupation allemande, la résistance, la collaboration... cette période sombre est aussi une période assez floue pour ceux qui ne l'ont pas vécue. La Deuxième Guerre mondiale observée en direct à travers les agissements quotidiens d'une brochette de civils qui se trouvent pris dans ses drames et s'y démènent conne ils peuvent : tout y est, la peur, la honte, le comique, le tragique, le répugnant et même l'héroïque. C'est un tableau d'époque allégrement brossé par un maître contemporain, lequel, pour la réédition illustrée de ce roman célèbre, s'est adjoint les talents de Philippe Dumas, artiste frère et âme sœur.

La ligne éditoriale de l'Ecole des Loisirs n'a pas fini de me surprendre et d'enchanter mes heures de lecture. Cette fois, cette maison d'édition, sur l'excellent conseil d'un de ses illustrateurs-vedettes, Phillipe Dumas (à qui on doit notamment les superbes dessins de Miss Charity), a décidé de remettre au goût du jour l'un des plus passionnants romans de la littérature française : Au Bon Beurre de l'académicien Jean Dutourd.

Passionnant est bel et bien le mot qui me vient à l'esprit quand je pense à ce livre. Il a un pouvoir évocateur très puissant. A travers ses pages, c'est toute une époque de notre Histoire qui nous est restituée, celle de l'Occupation. Nous y suivons les pérégrinations des Poissonard, crémiers du XVIIème arrondissement de Paris. Opportunistes et obsédés par l'argent, Charles-Hubert et Julie Poissonard n'hésitent pas à vendre des denrées sous le comptoir. Le marché noir est devenu pour eux un excellent moyen de renflouer leurs caisses. Sans éducation mais astucieux et rusés comme des diables, ils ne sont jamais à cours de roublardises pour grapiller de l'argent de-ci de-là. Et oui, autant dire les choses comme elles sont, les Poissonard profitent du malheur des autres et ça les réussit ! Ils ne sont pas non plus en manque d'excuses plus ou moins valables pour se donner bonne conscience. Selon eux, pourquoi ne pas en profiter ? Les temps sont difficiles pour tout le monde et encore plus pour les commerçants !

L'avarice des Poissonard est dépeinte avec un talent et un style exceptionnel. Jean Dutourd est un grand conteur. Ce roman  se dévore plus qu'il ne se lit. Ses 350 pages et quelques se parcourent à la vitesse de la lumière. On y trouve beaucoup d'humour, lequel sert avant tout à stigmatiser des caractères et comportements scandaleux. On se moque bien évidemment des Poissonard mais on le fait avec classe et détachement et c'est ce qui rend cette chronique d'autant plus amusante et savoureuse.

En parallèle, nous suivons les aventures (assez rocambolesques, avouons-le) du jeune Léon Lécuyer, résistant, soldat échappé d'un camp de prisonniers poméranien, dont la mère, fidèle cliente des Poisonnard, attend le retour avec une grande anxiété. Léon est un brave garçon idéaliste, cultivé (il a fait des études de littérature à la Sorbonne) et romantique dont la guerre et l'occupation allemande n'a de cesse de broyer le coeur et les idées. Personnage maladroit et malmené qui cherche à devenir un héros de son époque, Léon a droit à un parcours picaresque allègrement décrit.

Ce roman nous offre un panel de personnages très représentatifs. On croise de tout à travers ses pages : des ex-royalistes, des antisémites, des petits bourgeois, des bonnes, des ouvriers, des députés, des étudiants, des résistants, des communistes, des faux résistants, des opportunistes, des collaborateurs, des SS etc.

Au Bon Beurre est une grande oeuvre dans la mesure où une période importante de notre Histoire nous y contée, et restituée avec un style indéniable. Jean Dutourd s'attache à décrire avec un langage vivant et imagé les coulisses de l'Occupation, l'univers très peu reluisant du marché noir, fait d'hypocrisie, de manigances et de simulacres. Sous sa plume allègre, un brin moqueuse et caustique mais aussi attendrissante et sensible, il nous livre une fresque jubilatoire.

Vous l'aurez compris, ce livre est pour moi un immense coup de coeur.

19.12.2008

Chaleur de sang d'Irène Némirovsky

565656565.JPGDans un hameau du centre de la France, au début des années 1930, un vieil homme se souvient. Après avoir beaucoup voyagé dans sa jeunesse, Silvio se tient à l'écart, observant la comédie humaine des campagnes, le cours tranquille des vies paysannes brusquement secoué par la mort et les passions amoureuses.
Devant lui, François et Hélène Érard racontent leur première et fugitive rencontre, le mariage d'Hélène avec un vieux et riche propriétaire, son veuvage, son attente, leurs retrouvailles. Lorsque leur fille Colette épouse Jean Dorin, la voie d'un bonheur tranquille semble tracée. Mais quelques mois plus tard, c'est le drame. La noyade de Jean vient détruire la fausse quiétude de ce milieu provincial. L'un après l'autre, les lourds secrets qui unissent malgré eux les protagonistes de cette intrigue vont resurgir dans le récit de Silvio, jusqu'à une ultime et troublante révélation...
Situé dans le village même où Irène Némirovsky écrira Suite française, mais entrepris dès 1937, ce drame familial conduit comme une enquête policière raconte la tempête des pulsions dans le vase clos d'une société trop lisse. Complet et totalement inédit, ce nouveau roman d'Irène Némirovsky refait surface près de soixante-dix ans après sa composition.

Après avoir refermé ce livre, je me suis posée cette question : pourquoi est-ce je ne lis pas plus souvent de littérature française ?

Cet auteur  qui a connu un succès plus qu'honorable de son vivant a été injustement oublié après sa mort et ce, durant de longues années. Le prix Renaudot attribué à Suite Française l'a remis à l'honneur et c'est un juste retour des choses !

Chaleur de Sang, quant à lui, est une petite merveille de style et de délicatesse. Sylvio, vieillard mystérieux, solitaire et légèrement blasé est de retour chez lui, dans une province bien rangée, dont la société ne l'avait guère satisfait il y a déjà de cela bien longtemps. Il a préféré mené une existence tumultueuse, a beaucoup voyagé et ne s'est jamais marié. Il a quitté son pays, comme poussé par la chaleur de sa jeunesse et de son coeur ardent d'homme passionné. Une nouvelle fois établi dans son village, il se met à observer certains membres de sa famille, sa cousine par alliance, Hélène, de la même génération que lui, l'époux de celle-ci et leur fille, Colette, nouvellement marié à un brave garçon du voisinage. Il voit cette future union d'un bon oeil. Il a beaucoup d'affection pour Colette et souhaite qu'elle fasse un mariage aussi heureux que celui de ses parents. Mais voilà, dans ce petit village de Bourgogne, les choses ne sont pas aussi lisses et stables que Sylvio veut se faire croire.  A l'image de la jeune et belle Brigitte, mariée à un riche vieillard, laquelle s'expose aux regards et au scandale. Dans Chaleur de Sang, les apparences se font trompeuses.

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Le roman s'ouvre sur ce qui semble être une petite chronique familiale sans grande ambition mais débouche sur quelque chose de déroutant. Sylvio observe et ne prend aucune part aux intrigues familiales et amoureuses qui sont en train de se jouer. Avec l'âge qu'il a acquis, Sylvio sait prendre de la distance et du recul face aux évènements dont il est témoin. Il croit n'être plus à même de se sentir concerné par les troubles de la jeunesse et se détache volontairement de ses frasques. Dans ce roman, le lecteur va de surprise en surprise. En un (relatif) petit nombre de pages, Irène Némirovsky a écrit une oeuvre dense et certainement plus épaisse qu'elle n'en a l'air. Sylvio, qui reprend plaisir à la stabilité et au repos d'une existence qui jusqu'ici ne lui avait pas convenu, prendra peu à peu conscience que la chaleur de son sang, la passion qui coule dans ses veines, l'ardeur des sentiments, partie intégrante de sa personnalité, ne l'ont jamais quitté. Son passé le rattrapera, et avec lui, un fort sentiment de nostalgie et d'amertume. Derrière ce simulacre de petite vie provinciale rangée et tranquille, se cachent des secrets restés trop longtemps enfouis.

Chaleur de Sang offre de savoureuses descriptions du monde paysan. Le style de Némirovsky est imagé, claire et fluide. Il hypnotise et c'est de cette façon qu'il parvient à rendre aussi tangible cette réflexion sur le temps qui passe. Le paradoxe et l'analogie entre jeunesse et vieillesse n'ont jamais été aussi brillamment rendus. Une oeuvre saisissante !

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Et vous, connaissez-vous Irène Nemirovsky ?

03.11.2008

Pauline d'Alexandre Dumas



'Vous vous réveillerez dans un caveau où nul n'est descendu depuis vingt ans, et dans lequel, d'ici à vingt ans peut-être, nul ne descendra encore. N'ayez donc aucun espoir de secours, car il serait inutile. Vous trouverez du poison près de cette lettre : tout ce que je puis faire pour vous est de vous offrir une mort prompte et douce au lieu d'une agonie lente et douloureuse. Dans l'un et l'autre cas, et quelque parti que vous preniez, à compter de cette heure, vous êtes morte.' 'Pauline' (1838) est un des premiers romans de Dumas, où Monte-Cristo se trouve en germe. C'est un livre qu'il a écrit seul, et qui se déroule de son temps. La fiction brode sur les thèmes du roman gothique, en 'noir ', nuit, cottage en ruine, sentes perdues, passages secrets, brigands impitoyables, héroïne enterrée vivante, substitution de cadavres. Pauline fait face à un bourreau mystérieux, 'homme fatal'. C'est le roman d'une jeunesse déboussolée qui tente de se faire une place dans une société mesquine.

Je continue mon incursion dans l'univers littéraire gothique avec ce (relativement) court roman de Dumas et encore une fois je suis conquise ! Pauline fait figure de roman mineur dans l'oeuvre absolument monumentale d'Alexandre Dumas. Rien de particulièrement surprenant là-dedans puisqu'il ne révolutionne en rien la littérature gothique. En effet, on y retrouve les codes du genre (pour notre plus grand plaisir d'ailleurs), à savoir l'ambiance sombre et ténébreuse, le suspens magnfiquement distillé de bout en bout, l'aspect hautement romanesque et échevelé de l'ensemble, et la présence d'un personnage féminin, à la fois héroïne et victime, douce et vertueuse, associé à une figure plus redoutable, celle d'un homme révolté, décadent et dangereux.
Mais sous la plume d'Alexandre Dumas, le romanesque acquiert ses lettres de noblesse. Son style est vif, délicieusement désuet et surtout bien plus fluide que je ne le pensais !
L'atmosphère est inquiétante, brumeuse et lugubre à souhait. Le décor est planté de main de maître : nuit, abbaye en ruines, château isolé truffé de passages secrets... Les portraits des personnages sont riches et saisissants. On parvient à se les imaginer sans le moindre mal, à tel point que l'idée d'une adaptation de ce roman à la télé ou au cinéma me plairait beaucoup !
La narration à plusieurs voix forme une grande rétrospection. Le premier narrateur (qui porte le même nom que l'auteur, d'ailleurs) se voit confié par son ami une bien étrange histoire, celle qu'il a vécue avec Pauline, qui lui avait déjà elle-même raconté la sienne ...
Nous connaissons la chute dès le départ. Le suspens se situe alors dans le comment et le pourquoi plus que dans le dénouement lui-même.
L'influence romantique dans ce roman n'est pas négligeable. C'est elle qui confère au récit cette atmosphère mélancolique et passionnée.
Pauline est un roman extrêmement agréable à lire et que je rangerai désormais parmi les classiques les plus accessibles et les plus dignement romanesques de la littérature française :)

06.10.2008

Journal d'une Femme de Chambre d'Octave Mirbeau





Journal intime d'une femme de chambre, ce roman fait découvrir les aventures de Célestine. La soubrette évolue au sein des différents foyers et note sur son cahier les comportements pour les moins étranges de ses employeurs.


Une fois n'est pas coutume, je vais maintenant vous faire part d'un de mes derniers coups de coeur en matière de littérature française ! ;o) Ce livre a été lu cet été en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire !
Cet ouvrage particulièrement marquant de la littérature française vaut vraiment son pesant d'or ! A tel point que je suis surprise de ne pas en avoir entendu davantage parler autour de moi et pendant mes études ...
C'est une oeuvre réellement importante dans la mesure où elle sert presque à démystifier les milieux bourgeois et surtout à dresser une peinture féroce, cruelle, cynique mais réaliste de ce qui, aux yeux de Célestine, narratrice et héroïne, apparaît comme un enfer social. Même à notre époque, on peut tout à fait comprendre, à la lecture de ce journal, que les ambitions littéraires de son auteur aient pu faire scandale.

Journal d'une femme de chambre est à l'image de son auteur fictif, cette héroïne charmeuse, parfois enjôleuse, intelligente et pleine de gouaille. C'est un récit très vivant, où l'oralité prédomine, où le tendancieux côtoie l'immoral et qui se fait également très subversif.

Sous la plume d'Octave Mirbeau, les bourgeois sont montrés sous leur plus mauvais jour. Célestine les tourne en ridicule, dévoile les plus intimes de leurs secrets, leurs plus viles faiblesses. Dans son journal, ses maîtres semblent être souvent les incarnations parfaites de la bassesse intellectuelle, de la laideur morale, de la déchéance sexuelle et affective.
Célestine est loin d'occuper une place facile dans la société. Elle doit presque continuellement subir une précarité aussi bien financière qu'existentielle, supporter le manque d'égards et de sensibilité de ses maîtres et parfois même, l'écoeurement qu'elle ressent face à leur perversité.

Dôtée d'une lucidité absolument impitoyable, Célestine ne se fait absolument aucune illusion sur la société qui l'entoure. Elle est jeune, mais a assez vécu, a roulé suffisamment sa bosse de par la France, sait souvent ce qui l'attend derrière le trou de la serrure. Ce personnage est intéressant dans la mesure où il n'est pas le moins du monde idéalisé. Ce n'est une femme ni naïve, ni particulièrement verteuse. Elle n'est pas à proprement parler antipathique, néanmoins, elle peut agir de manière intéressée, voire corrompue...
Octave Mirbeau, et par son biais l'héroïne, n'a de cesse de vouloir arracher le masque de respectabilité et de vertu des nantis qui emploient Célestine. Dans ce roman, il en vient essentiellement à se révolter contre des horreurs sociales insoupçonnées. Sa description et son évocation du quotidien de cette femme de chambre, dans tout ce qu'il a de plus vulgaire et sordide, sont brillantes de bout en bout. Le style de Mibeau est plein d'éclat, de verve. Ce journal est teinté d'humour noir, de cynisme et de fougue. Il se lit avec un réel plaisir.


Il existe plusieurs adaptations théâtrales (le roman s'y prêtant volontiers) ainsi qu'une adaptation cinématographique, assez célèbre, que l'on doit à Louis Bunuel, datant de 1964 (avec Jeanne Moreau, George Géret, Michel Piccoli). J'ai très envie de la voir.






Laura de Gerard de Cortanze

Princesse italienne exilée dans le Paris des années 1830, Laura nourrit un goût immodéré pour les robes blanches et les perles de jais. D'une beauté infernale, elle suscite haine et passion. Après avoir ouvert un salon où se pressent ses soupirants - La Fayette, Bellini, Heine, Balzac, Liszt, Musset... -, elle devient l'avocate de la cause patriotique italienne, prend la tête d'une armée, publie des reportages sur Milan insurgé, lance des journaux, dirige les hôpitaux de Rome assiégée par les Français, se passionne pour les médecines parallèles, entreprend un périple qui la conduit de Malte à Constantinople, crée une exploitation agricole en Turquie, lutte contre les brigands d'Anatolie, connaît la vie des harems ; enfin, après avoir traversé des territoires inconnus des cartographes, atteint Jérusalem... Que lui reprochent ses contemporains ? D'être une jeune femme riche, scandaleuse, aimant rire et danser, vivant ouvertement ses aventures amoureuses, et dont le désir ardent est de voir s'élargir le rôle social et intellectuel de la femme. Féministe avant la lettre, Laura est une héroïne romantique controversée, donc exemplaire. Ce livre au souffle puissant est le roman de sa vie.


Jusqu'ici, je ne connaissais Gerard de Cortanze que de nom. Pourtant, c'est un des auteurs les plus prolifiques du moment et également un grand essayiste (il a notamment collaboré avec Paul Auster pour un essai sur la vision de New York de l'auteur américain et écrit sur Hemingway).
J'ai décidé de me ratrapper en lisant un de ses derniers romans, lequel se présente sans doute, si ce n'est comme une biographie, du moins comme un roman historique. La fiction s'y mêle adroitement à la vérité factuelle.
Gerard de Cortanze y dresse le fabuleux portrait de Laura, une princesse italienne au destin exceptionnel. Sa vie, son parcours, ses ambitions, ses convictions, ont fait d'elle un personnage absolument hors du commun.
Laura est une femme intelligente et cultivée, qui souhaite aussi bien se battre pour son pays (sous le joug autrichien) que pour la condition des femmes. Vivant dans une société encore éminemment machiste, ses prises de position ainsi que la façon dont elle mène sa vie attirent le courroux des hommes.
Son existence a un parfum de scandale. Laura est présentée comme une femme à la beauté infernale, enchaînant les conquêtes et les aventures amoureuses aussi bien auprès des hommes que des femmes.
Le roman contient quelques scènes érotiques, qui accentuent clairement le côté sensuel, passionné et fougueux de cette jeune femme qui n'a de cesse de prouver qu'elle désire aller au-delà des limites que lui impose une société qu'elle considère comme hypocrite et vindicative.
Laura souffre également d'une maladie rare et mal comprise de ses contemporains : l'épilepsie. Ce mal la plonge dans des moments de douleur, d'abattement et d'inconscience mais ne freine en rien sa volonté farouche de se battre et de se revendiquer comme une femme forte. Plus que tout, elle souhaite voir s'élargir le rôle social et intellectuel de la femme.
Malheureusement, comme elle le constatera tout au long de sa vie tumultueuse, l'époque ne semble se prêter que modéremment à ce genre de combats. Mais Laura persévère, voyage, écrit pour les journaux, aide les paysans de sa ville natale, participe activement à la politique au point de délaisser sa petite fille qu'elle aime cependant à la folie. Jamais Laura n'arrêtera une lutte presque perdue d'avance, contre toutes sortes de préjugés aussi divers que nombreux.
Au détour des pages, on croise nombres de personnages historiques (Louis Napoléon, La Fayette...) et littéraires (Chateaubriand, Balzac, Musset, Sand ...) importants. Leur proximité avec le personnage principal nous les rend presque un peu accessibles.
Ce roman est passionnant dans la mesure où son héroïne a tout d'une Héroïne avec un grand H. Passionnée, mystérieuse, ambigüe, généreuse, Christina Trivulzio Di Belgiojoso - dite Laura , ne peut laisser personne indifférent. Terriblement humaine, à la fois fragile et incroyablement forte, elle fascine tout autant qu'elle trouble. Sa faculté à aimer à en perdre haleine, sa conception du monde qui l'entoure, son esprit brillant et surtout, sa générosité font d'elle une femme émouvante.
Gerard de Cortanze rend ici un brillant hommage à cette femme tour à tour, adulée, humiliée, encensée, décriée. Elle est libre et surtout, très en avance sur les mentalités de son temps.
Le roman est très romanesque, plein de péripéties. On ne s'ennuit pas une seconde à l'évocation quasi-feuilletonesque de la vie tourmentée de cette princesse italienne. Le style de l'auteur est irréprochable. Il ne faut pas oublier que De Cortanze est l'un des plus grands hommes de lettres à l'heure actuelle ...

Un livre très enthousiasmant ! :)

La Conversation amoureuse d'Alice Ferney


"Un couple de futurs amants marchait, au milieu de la chaussée, dans une rue piétonne, un peu avant l'heure du dîner."

Un homme et une femme marchent dans la rue. Elle, c'est Pauline Arnoult, qu'il a rencontrée en emmenant sa fille à l'école ; lui, c'est Gilles André, dont l'épouse a demandé le divorce. Elle est mariée, fidèle, mère d'un petit garçon et enceinte de quatre mois. Ils vont pourtant passer la soirée ensemble, pendant que leurs amis communs se réunissent et bavardent des choses de la vie.
Dans le bruissement d'une conversation amoureuse qui les reflète toutes, Alice Ferney déploie l'histoire d'un homme et d'une femme livrés par la magie des mots à leur adultère séduction et au dangereux bonheur du secret qu'ils s'inventent. Mystérieuse, passionnante et universelle, cette Conversation amoureuse, traduite dans une quinzaine de langues, a connu, lors de sa première édition, un succès considérable.
Il y a quelques années, j'ai fait la connaissance d'Alice Ferney par un achat spontané, ce fût la révélation !

En parcourant les plus anciennes pages de mon blog, je me suis rendue compte - à ma plus grande surprise - que je n'avais pas encore consacré de billet à ce merveilleux roman de cette romancière.
A l'image de cette superbe couverture de l'édition Babel, ce livre est d'une délicatesse et d'une beauté authentiques.
La romancière s'attache ici à décrire avec tact, adresse, élégance mais aussi parfois cruauté les étapes de la séduction amoureuse. Elle prend le parti de saisir à des stades différents cette rencontre amoureuse dont le lecteur est témoin : les premiers regards, les premières affinités, les interrogations aussi.

Sous la plume d'Alice Ferney, le thème de l'adultère prend un nouvel essor littéraire. Elle charme par sa précision, sa maladresse volontaire, sa fragilité et surtout par son travail de fine opticienne et observatrice d'un jeu amoureux, aussi bien social, sensuel qu'affectif.
Le récit nous fait découvrir une rencontre, des regards, des désirs, des frôlements, des pensées d'un être pour un autre et tout ceci, avec une lucidité absolument réjouissante. L'intimité est dévoilée, le jeu des relations humaines décortiqué et révélé par un style et un regard aussi fins que raffinés.

Assistez à la conversation amoureuse de Pauline et Gilles, vous ne le regretterez pas !


Quelques jolis extraits, pour finir :

« l’horloge des femmes et celle des hommes dans l’amour n’ont pas les mêmes aiguilles. »

«La confusion lui rendait cet homme invisible. Il n'était pas beau, mais elle ne s'en rendait plus compte du tout. Parce qu'il ne voyait qu'elle, elle ne le voyait plus.»

«Les femmes sont déjà à penser l’éternité d’un don quand les hommes sont encore à le conquérir.»
«Quand on a vraiment la chance d’ignorer quelque chose, on ignore aussi qu’on a cette chance.»
«On ne trouve jamais complètement désagréable ou inintéressant quelqu’un à qui l’on plaît.»

Vingt-quatre heures d'une femme sensible de Constance de Salm


Mot de l'éditeur : Véritable petit bijou, ce roman épistolaire publiée en 1824 se présente comme une variation sur la jalousie et ses affres. Confrontée à l'image obsédante de son amant disparaissant dans la calèche d'une autre beauté au sortir de l'opéra, notre héroïne tente de comprendre et de calmer les milles émotions qui l'assaillent. Au cours d'une nuit d'insomnie et d'une journée perdue à guetter un signe de celui qui -semble-t-il vient de la trahir, elle ne trouve d'autre consolation que de lui écrire. Quarante-quatre lettres pour dire vingt-quatre heures de fièvres, de doutes et de désespoir.Cet unique roman de roman Constance de Salm bouleversera tous les amoureux de Stefan Zweig et de Marcelle Sauvageot. Poétesse et dramaturge, celle que l'on surnommait " la muse de la Raison " défendit ardemment la cause féminine et tint un brillant salon littéraire, ou se côtoyèrent Alexandre Dumas fils, Paul Louis Courier, Stendhal et Houdon.

Ce mot de l'éditeur ne pourrait mieux résumer ce que je pense de ce livre. C'est en effet un "véritable petit bijou", un roman que tous les amoureux de la littérature devraient lire. Les éditions Phébus l'ont exhumé il y a peu de temps de cela. Ce livre, écrit en 1884, est le fruit du travail et du talent d'une femme nommée Constance de Salm, une féministe avant l'heure (son objectif premier avait été de rendre accessible la culture au femmes) et également une intellectuelle de renom à l'époque. Elle animait l'un des salons les plus fréquentés de Paris, notamment par Stendhal et Dumas fils.
Ce court roman met brillamment en avant les pouvoirs de l'art épistolaire. Composé de non moins de 44 lettres (de diverses longueurs), il dépeint les sentiments amoureux d'une femme de manière brillante. Le style est soigné, élégant, sensible, ravissant. Tour à tour flamboyante, pudique et délicate, la plume de Constance de Salm virevolte à chaque instant. La romancière écrit avec une distinction et une précision très séduisantes.
La sensibilité de son personnage féminin s'exprime avec une singulière sensibilité et sincérité.
Tout y est finement décrit et brossé : des sensations tendres et vives de l'amour, à l'intense douleur engendrée par la jalousie et la passion, en passant par la fébrilité et la fragilité du coeur. Les mots donnés à cet afflux d'émotions sont criants de vérité.
La postérité a longtemps mis de côté cet ouvrage, il est maintenant temps de lui rendre honneur !

L'Elégance du Hérisson de Muriel Barbery

Présentation : Pour vivre heureuse la Mère Michel a décidé de vivre cachée. Concierge du 7 rue de Grenelle à Paris, Renée Michel a cinquante-quatre ans, elle est veuve, petite, laide, grassouillette, pauvre, discrète et insignifiante. L’immeuble est occupé par la fine fleur de la haute bourgeoisie, de la droite ultra-conservatrice à la gauche caviar, tout ce beau monde étant doté d’une progéniture brillante. Pour eux la concierge n’est pas même pas une personne, simplement une fonction, celle de garder les clefs ou de sortir les poubelles. Aucun d’entre eux ne soupçonnerait qu’elle est plus cultivée qu’eux tous réunis. Madame Michel est mélomane, cinéphile, elle adore la peinture, lit beaucoup, surtout Tolstoï (qu’elle adore au point d’avoir nommé son chat Léon). Elle est capable de réfuter la phénoménologie de Husserl tout en prenant soin de faire croire à son entourage qu’elle passe sa vie à regarder des jeux télévisés. Sa vision des occupants de son immeuble est une radiographie, féroce et lucide de notre société contemporaine. Elle rejoint d’ailleurs celle d’une autre occupante de la maison, une gamine surdouée, déjà revenue des faux-semblants de la comédie sociale dont elle a décidé de se retrancher. Son objectif : se suicider à la fin de l'année scolaire ...
Ces deux-là vont finir par se reconnaître sous l’égide d’un nouvel arrivant, un certain M. Ozu lointainement apparenté au cinéaste japonais que la concierge admire tant.

Mon avis : Autant le dire tout de suite, j'ai complètement adoré. C'est tout à fait le genre de récit qui m'émeut et me touche. Au-delà d'être une histoire (formidablement bien construite et écrite) de personnes ordinaires finalement extraordinaires, c'est aussi une merveilleuse fable nous poussant à voir un peu plus loin que le bout de notre nez. C'est un livre qui bouleverse les codes aussi bien que les préjugés, et nous incite à voir au-delà des apparences plus que complaisantes dans laquelle notre société évolue et stagne.


Notre héroïne est une figure attachante, lumineuse, mais qui se cache pour se préserver. Déconsidérée pour la simple raison qu'elle est concierge, parfois même méprisée, elle nous montre à quel point la culture est pour elle un moyen salvateur de s'ouvrir vers un monde plus beau, plus ouvert. Car dans ce microcosme bourgeois étouffé par le ridicule de ses préjugés, elle est victime de son paraître.
Ce roman nous montre à quel point la culture ne se situe pas forcément là où on croit ... Férue de littérature russe et de cinéma japonais (entre bien d'autres choses), elle nous ouvre les portes de son domaine, fascinant et profond, à l'image même de sa personne. Mais elle s'enferme dans sa loge parce qu'elle a l'impression que le monde extérieur ne saurait lui offrir les mêmes perspectives. C'est là que résident la tristesse et la fêlure du personnage.

Mais notre héroïne n'est pas la seule à être bien plus que ce que l'on croit, il y a aussi la petite Paloma, la fille de riches résidents du 7 rue de Grenelle, fan de Tanigushi entre autres. Cette gamine de 12 ans a une conscience très aigüe du monde qui l'entoure. Elle se rend compte de bien des choses, à commencer par la suffisance de la plupart des personnes qui l'entourent. Elle sait que le seul moyen pour qu'on la laisse tranquille est de se comporter de manière débilitante. Elle sait aussi que la concierge n'est pas non ce que tout le monde croit ...

Ce roman aux allures de diptyque, alterne entre le récit introspectif et personnel de Renée et le journal intime de Paloma. Deux êtres qui ne semblent avoir rien en commun au premier abord mais qui exaltent toutes les deux, aussi bien l'une que l'autre, la richesse intérieure et l'intelligence.

Un jour, un nouveau résident s'installe dans l'immeuble du 7, rue Grenelle. C'est un homme d'âge mur, il s'appelle Kakuro Ozu et est japonais. Son arrivée bouleversera la vie monotone de ces deux héroïnes absolument hors du commun ...





Ce roman est un véritable trésor, un récit d'une grande puissance, sur la vie, l'être humain, notre société. Une réflexion aussi, sur l'Art ainsi que sur le monde qui nous entoure, et les codes sociaux et culturels qui freinent notre envie de découvrir l'autre et anesthésient parfois notre indépendance d'esprit et notre curiosité ...

Renée est un personnage savoureux, mais aussi terriblement touchant. Elle est à l'image de ce livre, érudit et délicat, sensible et juste.
Cynique, le roman a aussi pour but d'ébranler les certitudes sociales et la dictature des apparences.

C'est une délectation à chaque page, un plaisir de tous les instants, un rendez-vous avec la culture dans tout ce qu'elle a de plus noble, un mélange de philosophie et de satire sociale, mais aussi et surtout une merveilleuse histoire d'amour spirituel(le).

Ce roman a reçu un accueil très chaleureux de la part du public. C'est un best seller et pourtant, sa lecture n'est pas toujours des plus faciles. Certains passages peuvent même rebuter par moments mais il faut s'acrrocher, le jeu en vaut vraiment la chandelle.

J'avais prévu d'inclure dans mon billet quelques extraits révélateurs de la qualité de ce roman mais j'en suis incapable. Il regorge tellement de merveilles narratives et stylistiques que je ne peux me décider à en faire une sélection ;-)
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Savez-vous qu'un film est prévu ? Je m'en réjouis beaucoup même si je me dis que le travail d'adaptation et de scénarisation du roman sera loin d'être une mince affaire ...

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d' EE Schmitt

zaPrésentation :

Moïse, «Momo», est un petit garçon de 12 ans qui s’ennuie à l’école et à la maison, auprès de son père, un avocat juif neurasthénique. Mais dans la rue Bleue où il habite, il y a des dames peu farouches qui ont bien des bontés pour lui, et surtout Monsieur Ibrahim, l’épicier arabe du quartier, musulman ,soufi exactement, originaire d’un Orient Lointain. Or, M. Ibrahim semble connaître les secrets du bonheur et du sourire dont Momo fait vite son profit. Et quand son triste père l’abandonne pour aller se jeter sous un train, M. Ibrahim adopte un Momo enchanté de devenir son fils. Ensemble, ils fermeront boutique, achèteront une automobile et s’en iront vers le pays natal du vieil homme, celui des derviches tourneurs qui savent tout de la contemplation, du coran, de ses fleurs et de la poésie du monde. Au retour, M. Ibrahim étant mort avant la fin du voyage, Momo, devenu Mohammed, retrouvera sa mère et apprendra que son vrai père, un professeur d’anglais, n’était pas juif du tout.



Pourquoi faire compliqué quand on faire simple? Après avoir refermé ce joli petit roman, c'est ce que je me suis dit. Il n'est pas toujours besoin de grands discours pour parler de tolérance religieuse et d'amitié, il suffit parfois d'une belle histoire. EE Schmitt nous prouve une fois de plus qu'il peut être un formidable conteur. Ce roman est une admirable fable, qui nous montre qu'au delà des préjugés et des différences, la complicité peut s'installer entre deux êtres qui n'ont rien en commun, Momo un jeune garçon juif et M. Ibrahim, le vieil épicier arabe du bas de sa rue. C'est léger, jamais sirupeux, toujours enlevé et grâcieux, et plein de charmes. On s'attache aux personnages, on éprouve de la compassion pour ces deux éclopés de la vie qui essaient de trouver un sens à leur existence. M Ibrahim aidera Momo à mieux se comprendre, lui, mais aussi le monde qui l'entoure. La religion occupe aussi une place primordiale dans le roman. Cette histoire est un joli hymne à la religion musulmane et l'ouverture d'esprit, un hymne chanté en toute simplicité.Ce texte est au final bien plus qu'un texte sur la religion, c'est aussi un remarquable récit d'apprentissage, où le jeune Momo apprend à dépasser l'obstacle du père absent et parvient à évoluer. L'initiation se fait sous le signe d'une sorte d'éducation existentielle, qui n'a absolument rien de pesant. EE Schmitt écrit avec une intelligence et un à- propos qui invitent à la réflexion. Une réflexion qui se porte sur la richesse du partage et de la tolérance. Certes, on pourrait peut-être trouver ça cliché mais pour moi, cela se situe justement bien au-delà des stéréotypes. En tant que fable, que conte moderne, l'auteur peut se permettre d'user de métaphores et d'allégories, de nous faire part d'un petit récit sans fioritures et en apparence, ultra simple, pour finalement nous révéler quelque chose de bien plus vaste et universel.

Il me reste maintenant à voir l'adaption, avec Omar Sharif. J'ai hâte...

Quelques citations qui m'ont touchée:

"- M'sieur Ibrahim, quand je dis que c'est un truc de gens riches, le sourire, je veux dire que c'est un truc pour les gens heureux.
- Eh bien, c'est là que tu te trompes. C'est sourire, qui rend heureux."


"Ainsi allait la conversation. Une phrase par jour. Nous avions le temps. Lui, parce qu'il était vieux, moi parce que j'étais jeune."


Ce conte à dire et à lire est un enchantement de légèreté et d’intelligence, d’humour et de gravité. C’est une leçon de sagesse, de tolérance, de fatalisme et de bonté. Une fable complice pour tous les âges, d’un charme irrésistible.

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