06.10.2008

Pauline Sachs d'Alexandre Droujinine

ps



Quatrième de couverture :

Ce bref roman (1847), admiré par Dostoïevski, n'avait jamais été traduit en français à ce jour.
C'est pourtant grâce à lui que perdure le nom d'Alexandre Droujinine (1824-1864)... lequel s'emploie en ces pages à pervertir. Sans s'en donner trop l'air, les conventions romanesques de son temps... Constantin Sachs, à trente-deux ans, est un " homme d'âge " (ainsi pensait l'époque) qui a roulé sa bosse de par le monde et dont on vante " l'expérience ". Il s'éprend d'une très jeune fille, Pauline, naïve et jolie, qui a tout à apprendre de la vie.
Il l'épouse, lui fait lire des romans " contestataires ", prêche à ses côtés au nom des idées nouvelles, de la liberté des mœurs... et découvre un jour qu'elle le trompe avec un jeune prince de ses amis. Le thème serait des plus classiques si Droujinine ne s'empressait de le détourner dans une direction non prévue. Sachs, beau joueur, cède la belle à son rival, mais y met une condition : que celui-ci s'oblige à la rendre heureuse.
" C'est mon enfant que vous prenez, pas ma femme. Malheur à vous si mon enfant n'est pas heureuse... A sa première larme, à son premier soupir, vous êtes un homme perdu... " Ne révélons pas l'issue de l'affaire, elle est aussi troublante que le chemin scabreux où Droujinine, sans crier gare, a conduit insidieusement son récit. Dommage que le regretté Nabokov ne soit plus là pour répondre à notre curiosité : avait-il lu Pauline Sachs ? On l'y retrouve, pour ainsi dire, par anticipation.



Mon avis :

Ce petit roman quelque peu inconnu et oublié d'Alexandre Droujinine intitulé Pauline Sachs pourrait être considéré comme l'une des oeuvres précurseures de la littérature russe, voire même comme le modèle de toute une tradition littéraire européenne. L'histoire peut sembler au premier abord classique mais Droujinine parvient à détourner les codes en y incluant deux nouvelles figures : la femme-enfant tout d'abord mais aussi le mari compréhensif. C'est un bref roman (187 pages dans cette édition) à la fois sobre et émouvant, mettant en scène un Amour à son image : tendre et aussi inconditionnel. Pauline Sachs est un roman extrêmement moderne tant du point de vue de la forme (les lettres et les petits mots sont mélés à une narration classique) que du fond. Nous sommes loin des clichés de l'amour contrarié. Ici, l'adultère n'est pas mis en scène de manière romanesque. Le héros romanesque n'est pas non plus forcément celui que l'on croit. Sachs est un homme ambigü et très profond, difficile à cerner et à décrire.

Ce roman désuet mais non moins ravissant a eu (selon les dires de Dostoïevski ) : «une immense influence civilisatrice sur la jeune génération" ...

A acheter, à emprunter ... Bref, à lire ! :)

Mensonges de femmes de Ludmila Oulitskaïa

menDans ce livre, qui se présente comme un roman à épisodes, la grande romancière et nouvelliste russe Ludmila Oulitskaïa nous propose de subtiles variations sur le mensonge au féminin. Car, d'après notre auteur, les mensonges des femmes se distingueraient nettement de ceux des hommes, et seraient presque toujours dépourvus de finalité. Génia, le personnage principal, est ainsi confrontée à toute sorte d'inventions ou d'affabulations. Comme le récit d'Irène, dont elle fait la connaissance en vacances en Crimée, sur la mort de ses enfants, qui l'émeut jusqu'aux larmes. La petite Nadia s'invente un grand frère, Lialia une liaison avec un peintre célèbre, et Anna se prétend poète... Chaque nouvel épisode de ce roman à thème illustre à sa manière l'étendue du talent de Ludmila Oulitskaïa, la précision de son sens de l'observation, l'originalité de ses canevas et, surtout, une grande tendresse pour ses personnages et à travers eux pour l'être humain et ses faiblesses.





Ce roman à épisodes de la russe Ludmila Oulitskaïa était mis à l'honneur sur un des présentatoirs de ma bibliothèque municipale. C'est donc la curiosité qui m'a incitée à l'emprunter. Je me suis dit qu'un roman relativement court et qui plus est, à épisodes, ne serait pas de refus en cette période de lecture de "gros pavés" (je venais juste de terminer le magnifique Tess d'Urberville de Thomas Hardy et m'attaquait au même moment à Du bout des doigts de Sarah Waters)... Au final, je n'ai pas regretté d'y avoir été à l'instinct, ce roman est truculent, plein de verve et d'émotion. Le style de l'auteur sonne toujours incroyablement juste et confère ainsi aux émotions cachées, exaltées, révélées une crédibilité remarquable. Ce livre fait figure d'oeuvre singulière dans la mesure où sa structure volontairement découpée n'est que prétexte à une formidable présentation de mensonges de femmes, toutes différentes ... Ces mensonges ont ceci de féminin qu'ils sont d'une complexité passionnante. La question est de savoir s' ils peuvent nous révéler quelque chose de leurs auteures... Le plus souvent, la réponse est bien évidemment oui. Mais le mystère est bien présent, comme une enveloppe cotonneuse qui enveloppe le récit et lui donne cette atmosphère si difficilement descriptible ...



Pour cette petite étude plus littéraire que psychologique, le lecteur suit une femme, Génia, à différents âges de sa vie et dans des environnements divers. A travers elle, nous faisons la connaissance de différentes personnes et nous attachons à elle, pour de brefs épisodes. Génia les écoute, prend part à leur vie, à leurs mensonges aussi. Nous apprenons aussi peu à peu à la connaître, elle, cette femme qui au départ, figurait plus à l'arrière- plan de ces histoires, de cette histoire. Les mensonges sont donc les fils d'or qui tissent ces récits, et leur donne cette résonnance si particulière. Nous découvrirons à quel point ces mensonges sont riches de significations. Le mensonge peut se révèler sous bien des aspects et ne servent pas tous la même cause. Par la complexité et la richesse de l'entreprise, la facture si maîtrisée de sa narration, le portrait si touchant et ironiquement fantaisiste et tendre de ces femmes, ce roman s'avère une formidable plongée dans ce qui ce fait de mieux dans la littérature slave d'aujourd'hui. A la fois léger et grave, profond et nuancé, un roman indéniablement différent.